« Africain de la ville ! » Le jeune Dakarois n’a jamais caché son goût pour l’asphalt jungle. A onze ans, il chope le virus du blues et du rock : Jimi Hendrix… Du coup il monte son premier band. Mais surtout il croise la route du guitariste belge Pierre van Dormael, qui lui montre le chemin. « Il m’a mis sur le jazz. Il m’a surtout appris à apprendre … » À l’académie, Samb a préféré l’école de la rue, la pratique assidue des clubs. Tout d’abord à Paris, où il s’est installé en 1998, et puis à New York, où il multiplie les allers et retours à partir de 2004. « Là-bas, il y a une énergie, un truc électrique, une tension motivante. Ça te fait grandir musicalement » Dix ans plus tard, ce sont toutes ces musiques qu’il filtre entre ses doigts : “J’ai trouvé ma voie dans la fusion entre l’Afrique éthnique et les musiques telles que le jazz, le rock , le classique…” Ce global mix se traduit par une polyvalence : le prolixe surdoué compte à tout juste 35 ans plus de cent albums au compteur, sans parler des projets scéniques ! Hervé Samb a faim de musiques, au pluriel de ses suggestifs.Telle est sa vision du monde de la musique, une ouverture d’esprit qui colle au nouveau millénaire.« Toute ma démarche est de sonner comme j’ai envie, comme je suis : un musicien multiculturel. » Cette philosophie, Hervé Samb la met en pratique depuis quinze ans.

Les exemples ne manquent de ce désir de jouer, sur tous les terrains. Il fut de la première tournée mondiale avec Amadou et Mariam, de celle avec David Murray et le projet Gwo ka Masters, où il signa même une composition sur l’album Gwotet featuring Pharoah Sanders. Mais il fut aussi aux côtés d’Oumou Sangaré, accompagna Jacques Scharz-Bart à travers l’Europe et tout autant Aziz Sahmaoui, le chanteur marocain avec qui il a engagé une collaboration au long cours. Même le légendaire Jamaïcain Jimmy Cliff l’embarqua dans une tournée en duo pour l’album “Rebirth”. On le voit, impossible de cantoner le guitariste à un champ esthétique : c’est le même qui a participé au disque de Meshell Ndegeocello, dont il a signé “Shirk”, une composition où il échange avec Pat Metheny. Le titre de cet album made in LA, “The world has made me the man of my dreams”, a valeur d’indicateur ! Il faut l’entendre comme un diapason dans la carrière d’Hervé Samb, qui réalise ses rêves de gamin. Aurait-il pu imaginer assurer la direction artistique d’un album d’Omar Pene, un des grands pairs de la musique sénégalaise ? Diriger les sessions pour la fille de Nina Simone, Lisa ?! Deux exemples parmi tant d’un talent qui ne se limite pas au manche de la guitare. Il tient aussi les manettes sur bien des projets.

Et parmi ceux-ci, les siens occupent une place à part, entière. Pour commencer “Crossover” tissait dès 2008 des liens entre Paris et New York, entre l’Afrique et l’Amérique, un Atlantique noir baigné de tous les rythmes. En douze titres, Hervé Samb réunissait les deux sources au coeur de son ADN esthétique. Et la presse ne s’y est pas trompée, à l’unisson du quotidien Libération : « Percussions ancestrales, funk urbain, blues, jazz et culture mandingue se répondent pour se fondre dans un groove très actuel ». Et puis il y eut “Kharit”, un duo du genre bien planant avec Daniel Moreno sur le label de Joe Clausel… L’ovni, salué par So Jazz comme un des disques de l’année, a été l’objet de remixes par les Japonais qui s’y entendent dans ce genre d’histoires. Et puis, enfin, “Time To Feel”, en quartette grand format. “Un jazz sophistiqué, épicurien, du jazz doré sur la tranche », selon Jazz News qui en fait l’un de ses nouveaux talents. Quant à Jazz Magazine, il synthétise: « On retrouve dans ce Time to Feel tous les ingrédients qui font qu’Hervé Samb est l’une des plus grandes révélations du continent africain en ce début du XXIème siècle : douceur et ressort d’un doigté hyper mélodique, groove félin, métriques et circularité d’esprit M-base, sonorité polymorphe balayant l’histoire du jazz-rock-électro-bop-acoustique, du blues et d’une Afrique transfigurée. » On ne saurait mieux résumer.